Solidarité avec Nikos Romanos emprisonné en Grèce…


Le texte pour sa grève de la faim et sa dernière lettre

Asphyxie pour une bouffée de liberté

(texte de Nikos Romanos pour le début de sa grève de la faim)

J’ai passé les examens nationaux [d’entrée à l’université] l’été dernier en prison et j’ai été accepté dans une faculté d’Athènes. Sur la base de leurs lois, j’ai donc le droit de commencer à prendre des permissions depuis septembre pour des raisons éducatives afin de suivre le programme de l’université. Bien entendu, les demandes de permissions que j’ai remplies ont terminé au fond d’un tiroir, fait qui me conduit à exiger ce droit avec pour arme mon corps. Il est nécessaire que je clarifie ici mes motifs politiques afin de donner un cadre autour du choix que je fais.

 

Les lois, en-dehors d’être des outils de contrôle et de répression, sont en même temps utilisées pour maintenir des équilibres, ce que l’on appelle aussi le contrat social, qui reflètent des rapports socio-politiques et forment en partie certaines positions dans le cours de la guerre sociale.

C’est pour cela que je veux que mon choix soit le plus clair possible : je ne défends pas leur légalité, au contraire, j’use un chantage politique pour gagner des bouffées de liberté à la condition dévastatrice de l’enfermement.

S’ouvre ici une discussion quant à nos revendications dans la condition de captif. Il est acquis qu’il y a toujours eu des contradictions dans de telles conditions et qu’il en existera toujours. Par exemple, nous avons participé à la grande grève de la faim des détenus contre le nouveau projet de loi alors que nous sommes des ennemis fanatiques de toutes les lois. Nombre de compagnons ont respectivement négocié leurs conditions de détention avec pour armes leurs corps (mises en détention préventives « illégales », refus de se soumettre à la fouille corporelle, maintien en prison) et ils ont bien fait.

La conclusion est donc que, dans la condition où nous nous trouvons, nous sommes obligés de nombreuses fois de rentrer dans une guerre stratégique de position, ce qui est un mal nécessaire dans notre situation.

Avec le choix que je fais, et dont les caractéristiques politiques sont spécifiés dans le titre du texte, l’occasion est donnée d’ouvrir une lutte dans une conjoncture particulièrement cruciale pour nous tous.

« Précisément, la poésie est l’art du résiduel. Elle est l’insoumis quand l’ordre du diaphane a fait son compte de tous les discours. Quand chaque mot a été soigneusement désinfecté et apprêté comme une marquise de cour. Parce qu’ils échoueront sur la couche du prince, quoiqu’ils s’effarouchent, et, pudiques, se drapent de vertus que, depuis belle lurette, ils ont perdues ou bues jusqu’à la lie du compromis et de la putasserie. La poésie est incompatible ou elle n’est rien ! »

Jean-Marc Rouillan, Lettre à Jules, mercredi 14 janvier 2004

Compagon-ne-s, ils nous enferment depuis maintenant un bout de temps. Des blocus de flics et des pogroms de l’antiterrorisme aux commissions d’économistes qui exterminent tous ceux qui ne rentrent pas dans leurs statistiques. Des grands industriels grec qui résistent aux offensives des multinationales géantes en soutenant le socialisme tardif de SYRIZA [1] à l’état d’urgence où les politiciens s’essayent au costume de l’ultra-patriotisme toujours esclave du bien de la nation. Des flics et de l’armée qui s’équipent d’armes dernier cri pour la répression des insurgés aux prisons de haute sécurité.

Appelons les choses par leur nom : ce que l’Etat exploite n’est rien d’autre que l’inaction qui s’est désormais établie comme solution naturelle.

Il sera bientôt trop tard, et le pouvoir avec son bâton magique ne montrera de la pitié seulement à ceux qui se mettront à genoux docilement devant sa toute-puissance.

Le système prévoit un futur où les révolutionnaires seront enterrés vivants dans des « centres de détention de correction intensive » et où sera mené leur destruction physique, mentale et morale.

Un musée innovant de l’horreur humaine où les pièces exposées vivantes auront écrit au-dessus d’eux « exemple à éviter », cobayes humains sur lesquels seront testées toutes les intentions sadiques du pouvoir.

Chaque personne répond aux dilemmes et fait ses choix. Ou bien spectateurs assis dans des chaises isolées à la vie castrée, ou bien acteurs des événements qui font le cours de l’histoire.


Les yeux fixés sur l’horizon, nous avons vu ce soir-là de nombreuses étoiles tomber en traçant leurs propres chemins chaotiques. Et nous les avons comptées, encore et encore, fait des vœux, calculé les chances. Nous savions que notre désir pour une vie libre devait passer sur tout ce qui nous opprime, assassine, détruit, et c’est pourquoi nous avons sauté dans le vide, exactement comme les étoiles que nous voyons tomber.

D’innombrables étoiles sont tombées depuis, l’heure est peut-être venue pour la nôtre, qui sait ? Si nous avions réponse à tout nous ne serions pas devenus ce que nous sommes, mais des salopards égoïstes qui apprendraient aux gens des manières de devenir des rongeurs qui s’entre-dévorent ainsi qu’ils le font aujourd’hui.

Au moins, nous restons encore fermes et obstinés tels ceux de notre genre. Et tous ceux d’entre-nous qui, de douleur, ont fermé leurs yeux et voyagé loin, restent avec le regard fixé sur ce ciel nocturne que nous avons nous aussi regardé. Et ils nous voient tomber, étoiles belles et brillantes. Notre tour est venu. Nous tombons maintenant sans hésiter.

Je commence une grève de la faim le 10 novembre sans faire un pas en arrière, avec l’anarchie toujours en mon cœur.

Le responsable pour chaque jour de grève de la faim et de tout ce qui peut se passer d’ici-là est le conseil de la prison constitué du procureur Nikolaos Poimenidis, de la directrice Charalambia Koutsomichali ainsi que l’assistante sociale.

LA SOLIDARITÉ C’EST L’ATTAQUE

P.S. : À tous les « militants » de salons, les humanistes professionnels, les personnages « sensibles » de l’intellect et de l’esprit : allez voir ailleurs d’avance.

Nikos Romanos,
Prison de Korydallos.

Source: Traduit d'Indymedia Athènes par Non Fides
[1] Parti populiste de gauche, équivalent (et allié) du Front de Gauche français.

Lettre ouverte à Paris Luttes Infos à propos de Nikos Romanos

Paris Luttes Infos, « Site coopératif d’infos et de luttes Paris – banlieue », équivalent gauchiste du journal Le Parisien, est en fait depuis sa création le porte-voix des partis et organisations autoritaires de l’extrême-gauche extra-parlementaire (parfois même pas), accessoirement racialistes (Parti des Indigènes de la République, Brigade Anti-negrophobie).

Nikos Romanos, lui, est un compagnon, un anarchiste, un « insurrectionaliste » comme vous dites. Cet anarchisme « insurrectionaliste » sur lequel vous crachez régulièrement.

Lire la lettre ouverte de quelques contributeur/trices à la Base de Données Anarchistes – Non Fides

Nouvelle lettre de Nikos Romanos

J’essaye de fixer sur un morceau de papier les derniers fragments de pensée structurée quant aux ultimes développements et le nouveau refus qu’a essuyé ma demande de permissions à des fins éducatives. J’ai dit dès les premiers jours de ma grève de la faim à l’assemblée de solidarité qui avait lieu à l’École Polytechnique que la réponse négative de Nikopoulos [1], lequel s’était déclaré incompétent, était le début d’une stratégie étatique pour m’exterminer. Cette appréciation politique s’est totalement confirmée. Avec tout d’abord l’ordre de la procureur de la prison de Korydallos, Evgelia Marsioni, de m’alimenter de force, pratique qui est dans les faits un viol et a conduit à la mort de Holger Meins en Allemagne ainsi que des membres des GRAPO en Espagne, entre autres. Les médecins de l’hôpital, et c’est tout à leur honneur, ont jeté à la poubelle cet ordre et ont refusé de commettre un tel crime étatique.

Ensuite, mon recours à un tribunal hors de la prison (un acte légal que choisissent beaucoup de détenus quand le Comité Pénitentiaire rejette leurs demandes) a été rejeté sous le prétexte qu’ils sont engagés par la décision de Nikopoulos, exactement la même décision pour laquelle il y a eu recours.

Pour tous ceux qui ont une perception politique élémentaire, l’intervention du ministre de la justice, un jour avant que le tribunal ne siège, était un ordre clair de rejeter la demande et je vais expliquer de suite pourquoi.

Dans la déclaration qu’a rendue publique le ministère de la justice, il est ingénieusement rapporté qu’Athanassios [2] n’est pas compétent, ajoutant ce qui suit : « Les permissions à des fins éducatives sont exclusivement données par le Comité Pénitentiaire compétent, lequel est dirigé par le procureur, tandis qu’il est requis pour les inculpés l’avis concordant de l’appareil judiciaire qui a ordonné la détention provisoire ».

En quelques mots, la validité de l’appel est simplement et clairement rendue caduque de manière orale par le ministre. Tout cela habillé de la proposition inconsistante de cours par le biais de la vidéoconférence au lieu des permissions, laquelle ne tient pas à cause des TP qui demandent une présence obligatoire. Cela ouvre en outre la voie aux Comités Pénitentiaires pour supprimer complètement les permissions, leur peur de prendre des responsabilités étant connue, et la solution de la vidéoconférence vaudra pour tous les détenus.

Dans la même logique, les parloirs avec nos familles auront dans peu de temps lieu à travers des écrans pour des raisons de sécurité, tout comme nos procès. La technologie au service de la « correctionnelle » et de la justice. Progrès humain ou fascisation… L’histoire en jugera.

Cela vaut la peine que je mentionne ici le rôle du juge d’instruction spécial Félix Nikopoulos, lequel, et ce dès que j’ai commencé la grève de la faim, a reçu des ordres politiques clairs de ses chefs au ministère de la justice, c’est par ailleurs pour cela qu’ils rejettent toutes les responsabilités sur lui. En retour, il sera promu à la Cour de cassation, comme son prédécesseur Dimitris Mokas [3] qui a mené des dizaines de campagnes anti-anarchistes et répressives. Il jouit maintenant du gros salaire de l’élite judiciaire de la Cour de cassation. Hasard ? Je ne pense pas.

De mon côté, je continue, j’ignore toute possibilité de faire marche arrière et je réponds LUTTE JUSQU’À LA VICTOIRE OU LUTTE JUSQU’À LA MORT.

Dans tous les cas, si l’Etat m’assassine par les positions qu’il tient, M. Athanassios et sa bande resteront dans l’histoire un gang d’assassins, instigateurs de la torture et du meurtre de prisonnier politique [sic]. Espérons seulement qu’on trouvera les esprits libres qui jugeront le droit de leur justice de leur propre façon.

Pour terminer, je veux envoyer ma complicité et mon amitié à tous ceux qui se tiennent à mes côtés par tous les moyens.

Deux mots de la fin pour mes frères, Giannis qui se trouve lui aussi à l’hôpital, Andreas, Dimitris et d’autres encore.

La lutte porte aussi en elle des pertes puisque sur le chemin vers une vie digne nous devons prendre par la main la mort, risquant de tout perdre pour gagner tout. La lutte continue avec le poing fermé contre le couteau, encore et encore.

TOUT OU RIEN !
TANT QUE NOUS VIVONS ET RESPIRONS : VIVE L’ANARCHIE !

Rendez-vous le 6 décembre dans les rues de la rage, ma pensée tournera dans les rues familières, parce qu’un rêve mérite que l’on vive pour lui, même si son feu nous brûle, et comme nous le disons souvent : force !

P.S. : Je ne peux naturellement pas contrôler les automatismes sociaux provoqués. Malgré tout, tous les gens de SYRIZA [4] et autres marchands d’espoir qui ont fait leur apparition à l’hôpital ont pris la porte dans la gueule SANS DISCUSSION, tandis que je clarifie une fois de plus que j’ai formellement signé mon refus que l’on me donne du sérum physiologique.

Nikos Romanos,
03/12/14

Source: Traduit d'Indymedia Athènes par Non Fides
[1] Juge d’instruction antiterroriste qui gère les dossiers de Nikos Romanos.

[2] Ministre de la justice actuel.

[3] Juge qui a instruit, entre autres, les dossiers d’accusations contre la CCF.

[4] Équivalent grec et allié du Front de Gauche.


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