Les nazis aussi fêtent Noël

Les RAC continuent de chaque coté de la frontière

Le 8 décembre, une trentaine de Hammerskins du nord-ouest (1) se sont rassemblés sur Whidbey Island, dans l’État fédéral de Washington (USA), à l’occasion de la commémoration des 30 ans de la mort de Robert J. Mathews (2). Le FBI avait tué le fondateur du groupe de terreur nazie « l’Ordre/Les frères du Silence » le 8 décembre 1984 sur l’île. Le nom du groupe vient de l’ouvrage « The Turner Diaries » de William Luther Pierce (3).

Annone de la mort de Robert Matthew dans le bulletin de National Alliance de 1984

Annonce de la mort de Robert Matthew dans le bulletin de National Alliance de 1984

Le 13 décembre, un concert Hammerskin du chapitre « Mur de l’Ouest » a eu lieu en France, auquel ont participé plusieurs centaines de nazis venus d’Allemagne. » Les titres « Clarté et vauriens » (4), « coupables de conviction », « sûr de vaincre », « coup de force » et « Sniper » ont été joués, alors que « groupe de surprise »  a produit « Gestapo ». Au départ, le concert avait été annoncé en Belgique sous le nom de « White X-mas ».

Traduit de l’allemand depuis Autonome Antifa Freiburg et annoté par nos soins


Littéralement « Noël Blanc », ce rendez-vous est depuis quelques années devenu l’un des incontournables parmi ceux organisés par le Blood & Honor ou les HammerSkins. Ces derniers organisent régulièrement des concerts dans l’Est de la France profitant de la proximité avec les pays frontaliers (Allemagne et Suisse) où ils sont mieux organisés et des facilités qu’ils ont à obtenir des salles dans cette région. Si il ne faut néanmoins pas perdre de vue que du coté français les organisations de boneheads (skinheads d’extrême-droite) sont extrêmement marginales à l’extrême-droite et leurs événements assez exceptionnels, les faits de violence de la part des participants et leur capacité de nuisances sont bien réels.

Le 16 décembre 2012, un réfugié politique italien avait été violemment agressé au petit matin sur le plateau de la X-Rousse à Lyon. Dans une lettre ouverte publiée sur Rebellyon il a clairement identifié ses agresseurs comme étant d’extrême-droite. Cette agression se caractérisait une fois de plus par sa lâcheté, les trois jeunes nervis s’en sont en effet pris pris a une personne âgée seule et handicapée lui causant divers blessure et un trauma crânien.

Or l’agression avait eu lieu quelques heures après la fin d’un de ces RAC de noël organisée par le Blood and Honnor dans la région lyonnaise et il est difficile de croire a une coïncidence…

L’un des agresseurs de Toto, Jonathan Colombet, par ailleurs membre de la garde rapproché d’Alexandre Gabriac (puis des Jeunesses Nationalistes) est un habitué de ce genre de manifestations.

 

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Blood & Honor Hexagone - 2012

Les membres du Blood & Honor Hexagone en 2012, à gauche Pierre Scarano dit Joebar, le guitariste de Match Retours que l’on ne présente plus

Blood & Honor Frakass Match Retours Lyon

Pierre « Joebar » Scarano (deuxième en partant de la droite après le basiste de Frakass) avec Michel (chanteur du groupe lyonnais Frakass) tout à gauche et Renaud Manheim (chanteur de Match Retours) deuxième en partant de la gauche

Au centre de la première photo on peut voir un autre Pierre (avec la capuche) qui est un proche d’Alexandre Gabriac, ancien membre du GUD Lyon avec lequel on a pu le voir à plusieurs occasions.

GUD LYON PIERRE

Pierre à gauche

GUD LYON Cathophobie

Pierre avec la casquette blanche en compagnie de Steven Bissuel lors d’une manif contre la cathophobie à Paris

Gud Lyon Cathophobie gabriac

Gabriac n’est jamais loin (derrière avec le manteaux beige)

La Lettre de Toto:

Je suis un réfugié politique italien, non-extradé par François Mitterrand. Comme d’autres camarades italiens dans les années 1970-80, nous avons trouvé asile politique en France, ce qui ne nous a jamais empêché de continuer la lutte avec les autres réfugiés politiques. En ce qui me concerne, je n’ai jamais cessé d’exprimer mes convictions politiques malgré mon arrestation en vue d’une éventuelle extradition vers l’Italie en 1986.

Je n’ai jamais abandonné mes idées, ni dénoncé mes camarades, et ne me suis encore moins repenti de mes activités politiques, y compris lorsque les gendarmes du général Della Chiesa m’ont torturé en Italie.

Depuis mon arrivée en France, j’ai continué à vivre mon engagement au quotidien avec les camarades français, même lorsque j’ai été arrêté à Paris, en 1984, avec ma camarade Gabriella Bergamaschini. Incarcéré à la prison de Fresnes entre 1984 et 1986, j’y ai mené, avec d’autres camarades prolétaires emprisonnés, des luttes contre la prison en général, et pour l’abolition des régimes spéciaux, comme les quartiers de haute sécurité à l’intérieur des établissement pénitenciers français et italiens, ainsi que des luttes pour la défense des autres prisonniers politiques et de droits communs.

En Italie, j’ai milité pendant de longues années au sein d’organisations révolutionnaires, ce qui m’a poussé à vivre dans la clandestinité pendant 10 ans, dont 2 ans en France, avant mon arrestation. Je ne souhaite pas entrer ici dans les détails concernant les actions auxquelles j’ai participé en Italie, et notamment les opérations politico-militaires afin de protéger ceux de mes camarades toujours en liberté... Je peux néanmoins rappeler que, pendant les années 1970 – ces fameuses années passées à l’histoire comme étant celles où, d’un côté s’est développée « la stratégie de la tension » et de l’autre la renaissance des mouvements révolutionnaires –, j’ai participé, entre autres, à des actions d’expropriation révolutionnaire dont le but était de financer le mouvement.

Depuis toujours, en tant que militant révolutionnaire avec mes camarades, j’ai participé activement à la lutte antifasciste : à Turin, en 1972, à la fermeture définitive du parti fasciste (MSI) de Giorgio Almirante ; et toujours à Turin, en 1973, à la « jambisation » des militants de Ordino nuovo, Ambrosini et Cibin. Ces deux nazis s’étaient rendus coupables de graves actes de violence à l’encontre de camarades militants révolutionnaires travaillant à la Fiat et d’autres usines en lutte. Ces mêmes personnages, au début des années 1970, avaient été impliqués dans la tentative de coup d’État organisé par Valerio Borghese et l’organisation secrète neo-fasciste dénommée « Loge P 2 ».

Depuis que je vis en France, j’ai continué en première ligne à lutter contre le fascisme.

Mes chers camarades, suite à l’agression du dimanche 16 décembre, je ne me sens pas une victime, et je ne veux pas pleurer sur mon sort.

J’étais et je reste un militant révolutionnaire combattant contre le fascisme et l’oppression capitaliste.

Certes, les tortures que j’ai subies en Italie ont laissé de graves séquelles (lésion vésicale, lésions à la colonne vertébrale, ablation de la prostate…). À cela il faut ajouter les dommages procurés par le contact avec l’amiante dans mon activité professionnelle, ce qui fait qu’actuellement je suis handicapé à 80 %. De plus, seulement trois jours avant cette agression, je sortais de l’hôpital de la Croix-Rousse suite à un nouvel AVC qui a laissé des séquelles au niveau de ma jambe et de mon bras gauches, ce qui fait que je dois désormais me déplacer avec une béquille.

Mon état de santé n’a pourtant pas diminué ma volonté de combattre le fascisme, le capitalisme et toutes les injustices sociales. Il y a quelques jours, j’ai participé à la journée no-TAV, et je soutiens toutes les initiatives militantes et révolutionnaires présentes ici à Lyon.

D’ailleurs, depuis mon arrivée à Lyon, et à la Croix-Rousse en particulier, j’ai toujours participé aux nombreuses activités et actions qu’y se sont développées et qui continuent à maintenir vivant les mouvements squats, anticapitalistes, antifascistes, libertaires et alternatifs.

Ce dimanche 16 décembre, en sortant de mon domicile vers 7 heures du matin, j’ai remarqué deux personnes sur le trottoir d’en face mais, je n’avais aucune raison d’y prêter attention. Mais, quelques secondes plus tard, alors que je continuais tranquillement mon chemin, ces individus se sont approchés et, après m’avoir demandé s’ils pouvaient me parler, l’un d’entre eux a sorti une batte de base-ball de son blouson et m’a frappé à la tête. Le deuxième m’a dérobé la béquille avec laquelle il m’a aussi frappé, suite à quoi je suis tombé par terre. Sur ce, une troisième personne que je n’avais pas encore vu, est arrivée et à son tour m’a donné des coups de pieds dans les jambes et au ventre... Enfin, j’ai entendu ce troisième individu s’exclamer : « On l’a bien cassé, on peut y aller ! »

Sachez chers camarades que ce n’est pas cette agression qui me fera me désister de mon engagement contre le fascisme. Sachez que, malgré ma condition physique précaire, ils ne me réduiront pas au silence. Sachez enfin que jusqu’à mon dernier souffle, j’apporterais mon soutien et ma solidarité aux camarades révolutionnaires et antifascistes avec force et dignité.

Les étoiles sont à nous et nous appartiennent.
La lutte contre le fascisme et le capitalisme continue.
Courage camarades, ne baissez jamais les bras !

Salvatore Cirincione, 21 décembre 2012

Notes:

(1) Les Hammerskins du Nord-Ouest sont considérés comme l’un des groupes de boneheads les plus violents des Etats-Unis. À la différence du contexte européen notamment (Allemagne, France, Suisse…), le milieu skinheads aux Etats-Unis représente d’autant plus une une minorité de l’extrême-droite suprémaciste blanche (ce qui est le cas ici aussi) du fait que le terrain physique est également occupé par des forces absentes de la configuration européenne. comme en atteste les profils des membres du Ku Klux Klan que l’on a pu voir par exemple à Ferguson récemment. De la même manière les gangs de prisonnier blancs représentent une part importante des suprémacistes en activité et font partie intégrante du paysage du crime organisé aux États-Unis.

(2) Au printemps 1985, quelques mois après la mort du fondateur Robert J. Mathews, plusieurs membres de The Order ont été inculpés dans les environs de Seattle sur des accusations fédérales de racket, meurtres dissimulés, vols à main armée, contrefaçon et d’autres crimes du gang néo-nazi commis dans leur tentative ratée d’initier une guerre de race.

(3) Scientifique américain (docteur en physique) et surtout, idéologue raciste d’extrême droite, promoteur du racialisme et du « pouvoir blanc » (white power). Il est connu pour avoir écrit Les Carnets de Turner (The Turner Diaries), sous le pseudonyme d’Andrew McDonald, ce « roman d’anticipation » qui est en réalité un brûlot raciste où il décrit un coup d’État mené aux États-Unis par des suprémacistes blancs (cet ouvrage est considéré par « l’Anti Defamation League » comme ayant inspiré, par les scènes d’attentat décrites, plusieurs terroristes américains d’extrême droite comme Timothy McVeigh1). Pierce fonde en 1974 son propre parti, National Alliance.

Voir aussi : Survivre à la connerie

(4) Clarté renvoie à leur conception raciste de suprématie blanche, et le mot allemand pour ‘Vauriens’ qui est «Racker », a initialement ses trois premières lettres en majuscules (et qui renvoient au mouvement musical’ fasciste Rock Against Communist).

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